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Dans les ténèbres de la valeur d’usage

20 juin 2016, par Gwenaëla Caprani

Marché du travail

Extrait d’une intervention de Bernard Friot, au cours du débat « Salaire & emploi : nouveaux enjeux, nouveaux débats », 7 mars 2015

Une institution qui fait de nous des demandeurs, alors que nous sommes les seuls producteurs de valeur, soumis au chantage de propriétaires -ou de leurs représentants-, les employeurs, qui ont ce pouvoir sur nos vies, absolument incroyable, de dire :
« Tu es dans les ténèbres de la valeur d’usage, je te fais advenir à la production de valeur économique ; c’est moi qui en décide, et c’est moi qui demain, en te licenciant, te renverrai aux ténèbres de la valeur d’usage, et je ne te paye jamais toi, pour faire cela, jamais ! ».
Le capitalisme repose sur un déni absolu que nous soyons les producteurs de la valeur.
« Je paye ton poste, je te mets sur un emploi ».
L’emploi, c’est une institution éminemment capitaliste, qui fait du poste de travail une chose que possède le propriétaire : le support de l’emploi.
Un salarié du privé n’est jamais payé, c’est son poste qui est payé.

Déni en miroir

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Capture site web Europe 1
20h23, le 04 mai 2016, modifié à 20h28, le 04 mai 2016

Ce n’est plus le poste, mais bien l’homme, ses qualités, ses savoir-faire qui sont rétribués... du côté des représentants des propriétaires.
Du moins du côté de ceux qui sont au sommet de la cascade des donneurs d’ordre !

Carlos Tavares, à la tête de PSA, le 4 mai 2016, à l’Assemblée nationale :

J’ai pris un risque personnel que j’assume. Comme je l’ai dit, je me considère comme un joueur de football ou comme un pilote de Formule 1, il y a un marché...
Par rapport à mes pairs, je suis payé le tiers ou la moitié, tout cela ce sont des faits qui ne sont pas audibles, et j’en ai pleine conscience, mais c’est la réalité de notre monde....
La dimension sociétale de cette question me dépasse.

Carlos Ghosn, patron de Renault, le 29 avril 2016, lors de l’assemblée générale du groupe Renault :

Le conseil d’administration juge si la façon dont le PDG est payé est conforme à ses efforts, à son talent, à la situation.

Maurice Levy, patron de Publicis, le 14 avril 2012, sur RTL :

Marque des buts et tu recevras ta prime à la fin.

Franck Riboud, PDG de Danone, le 2 avril 2009, lors d’une conférence de presse pour les 90 ans de Danone.

Je me dis attends : est-ce mérité ? Est-ce que c’est pas mérité ? Mais à un moment donné vous devez aussi comprendre une chose : moi je ne demande jamais rien.

Christophe de Margerie, ancien PDG de Total, dans l’émission Face aux Français, sur France 2, le 27 avril 2011 :

Je ne sais pas toujours expliquer pourquoi j’ai besoin d’un salaire de 3 millions d’euros ou pas.

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