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Têtes rondes et têtes pointues

29 décembre 2017, par Gwenaëla Caprani

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Paris 29 Décembre 2017

Tout dépend du crâne que l’homme possède.
C’est pourquoi, là où le grand distributeur de crânes est passé
On regarde chez les hommes leur peau, leurs cheveux et leur nez
Et on frappe, jusqu’à ce qu’ils soient perclus, paralysés,
Tous ceux qui ont reçu de lui le mauvais crâne.
Et partout on interroge ce dramaturge-là
Lui demandant si la différence des crânes ne le dérange pas
S’il ne voit pas de différence entre les hommes.
Alors il dit : je vois une différence.
Mais la différence que je vois,
Elle est plus grande que celle entre les crânes
Elle laisse une trace bien plus profonde
Et elle décide du bien-être ou de la souffrance dans ce monde
Et je vais vous la nommer sans hésiter :
C’est la différence entre les riches et les pauvres.

Le Directeur du théâtre, prologue de Têtes rondes et Têtes pointues

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La nuit ne va pas tarder à tomber

Au pays du Yahoo, la révolte gronde. La situation économique est mauvaise et les propriétaires augmentent sans cesse les loyers, précipitant les fermiers et leurs familles dans la misère. L’État s’inquiète du soulèvement qui se prépare mais ne veut pas remettre en cause les privilèges des grands propriétaires qui le soutiennent.
La solution : diviser le pays en deux peuples ennemis, dont l’un sera désigné comme responsable de tous les maux.
L’objectif premier, sous la houlette des Tchaps, les Tombeurs de Chapeaux, est désormais l’éradication par les Tchouques, citoyens vertueux et légitimes à la tête ronde, des Tchiches, ces « têtes pointues » fourbes et apatrides, devenues les boucs émissaires de toute la société.

Bertolt Brecht : « Têtes Rondes et Têtes Pointues », pièce écrite entre 1931 et 1934 et publiée pour la première fois aux Editions Malik à Londres en 1938.

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Die Rundköpfe und die Spitzköpfe
von Bertolt Brecht, musik : Hanns Eisler
Theater Konstanz, regie : Martin Nimz, März 2012
photo © Ilja Mess

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